Vélomagus, récit d'un vélotafeur accidenté.

L'accident

[Des personnes non identifiées gravitent autour de moi. Je sens que je suis allongé, dehors, sur le trottoir. Je sais que ça n'est pas normal. Je n'ai même pas la force d'ouvrir les yeux et pourtant j'essaye de me lever.
La personne qui me secoure : "Ne bougez pas monsieur, vous avez eu un accident, nous avons appelé les secours, ils vont arriver".
Et je perds connaissance.] Ce souvenir ne m'est revenu que trois mois après l'accident, totalement par hasard, avec toutes les sensations qui vont avec.

Je me réveille, allongé sur le sol. Il fait nuit. J'ai une grosse fatigue mais surtout je ne comprends rien. Je suis dans ce genre de semi-conscience qui précède le sommeil. C'est pas normal ce qu'il m'arrive. Mais qu'est-ce que je faisais avant?

Les secours : "Bonjour Monsieur, est-ce que vous vous rappelez comment vous vous appelez ?"

Je ne me souviens pas si j'ai répondu.

"Monsieur est-ce que vous savez où vous êtes?"

Moi : "Euh ... non j'y arrive pas là"

Tout pendant ce temps là, ça s'active autour de moi. Après coup, je me rappelle sentir les personnes qui me secourent découper mes vêtements. Je ne parviens pas à voir grand chose. J'ai beaucoup de sang dans l'oeil gauche, ça m'empêche de bien voir.

"Monsieur, est-ce que ça vous dit quelque chose Grand-Quevilly?"

Moi :"Euh oui c'est là où je travaille non?"

La voilà, subitement, l'étincelle de lucidité. D'un seul coup je ne me souviens que d'une seule chose: j'étais à vélo pour me rendre au travail.

Moi : "J'ai eu un accident?"

Les secours : "Oui, vous avez été percuté par une camionnette"

Moi, anéanti : "Oh non c'est pas possible!"

Cette phrase est révélatrice de deux choses:

Je suis meurti et pourtant déjà rassuré, je sens mes jambes et arrive à les bouger. Je suis soulagé aussi de penser qu'êtant pris en charge par les secours, je suis entre de bonnes mains.

Juste après c'est le black out, je ne me souviens juste que de la pose du collier cervical et du transfert dans le brancard de l'ambulance. Je ne me réveillerai qu'aux urgences. Dans la zone réservée aux urgences vitales. 


 

Les deux récits suivants m'ont été rapportés. Je trouvais ça important d'y évoquer les victimes collatérales de cet accident.


Quand j'ai été percuté, j'étais dans la zone industrielle à trente secondes d'arriver à mon travail. Je rappelle juste que j'avais, sans en aviser mes collègues,  avancé mes horaires parce que c'était les vacances. Mes collègues peuvent voir ce qui se passe dans la rue, et aperçoivent un camion de pompier intervenir sans autre visibilité à cause de la haie. Des accidents au travail ça arrive assez régulièrement donc on est habitué à voir une ambulance dans la zone industrielle.

Un de mes collègues reçoit un appel téléphonique du standard : "Oui c'était pour savoir est-ce que vous savez si Nicolas (ben oui j'ai un vrai prénom quand même) est arrivé ?"
Mon collègue : "Ben non il arrive plus tard d'habitude, pourquoi ?"
La standardiste : "Parce que les secours que l'on voit dans la rue, ben c'est pour un cycliste accidenté."

Le sang de mon collègue ne fait qu'un tour parce qu'en fait des personnes se rendant au taf en vélo dans ce coin là, il n'y en a pas des masses surtout en cette saison.
Il va voir sur les lieux et tombe sur un autre collègue blême, qui arrivait en voiture et m'a vu à terre. Je suis déjà dans l'antenne mobile mais il reste au sol cette mare de sang. L'antenne mobile part en laissant mes collègues sans savoir dans quel état je suis. Ils savent seulement que c'est grave. Non seulement mon collègue est inquiet mais il va devoir faire l'annonce à notre équipe et me remplacer.
Passée l'émotion, ma chef d'équipe prend le téléphone et essaye en vain de contacter ma compagne. Elle parvient finalement à contacter mes parents...


Madamemagus s'occupe de Minimagus (qui vient de se réveiller) et de Micromagus. Autant dire que toute seule avec les deux loustics, elle est loin d'être préoccupée par son téléphone portable en vibreur (d'autant qu'elle n'est déjà pas de nature à rester accrochée à son téléphone).

C'est alors qu'elle reçoit cet appel de mon père sur notre téléphone fixe qui sonne.
Terrible nouvelle devant ses enfants insouciants. Mon père égraine les infos que ma chef d'équipe a données il y a quelques minutes. Derrière, elle peut distinguer ma mère qui se désole. Il faut s'organiser, aller aux urgences le plus vite possible.

Seul problème mes beaux-parents sont à l'étranger et il faut garder les enfants pour ne pas les traumatiser. Ma mère n'étant pas en état de conduire du fait de l'émotion, c'est elle qui les gardera pendant que ma compagne et mon père se rendent aux urgences.
Plus tard c'est cette même mère qui lavera le casque (en vain car un casque qui a pris un choc est à jeter) rempli du sang séché de son fils.